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Un Gambit Dame bien accepté !

Publié le par Rorosky62

Photo montage parue sur «  Chess 24 »

La série «  Queen’s Gambit » sur Netflix fait un carton grand public, en termes d’ audience et les ventes de jeux se multiplient  ( la Tournerie  Roiz ne peut plus fournir !  ) et le nombre de joueurs sur le net explose en cette période de confinement !

Qu’en est -il de l’ avis des aficionados du jeu ? Sur Chess 24,  Magnus Carlsen lui attribue une note de 5/6, Trouvant certes la progression de la jeune Beth ( remarquable dans son rôle de joueuse mono maniaque ) «  peu réaliste » mais reconnaissant par ailleurs la pertinence de ses toc, des stigmates de sa passion, de la vraisemblance de son jeu. 

Après  tout, elle est orpheline ( tous les grands champions ou presque le furent partiellement ), et utilise pour combler son vide affectif et parfaire ses capacités de concentration et d'abstraction un plafond  blanc, comme échiquier  mental ( ça, c’est très réaliste pour tout joueur d’échecs solitaire...) C'est en regardant "au plafond"  qu'elle trouvera les ressources pour battre son plus coriace adversaire dans le dernier épisode de la série. Ainsi ont fait de nombreux joueurs, Ivanchuk est le plus célèbre des "rêveurs" victorieux,   aussi le jeune Magnus ( 13 ans ) contre un certain Garry Kasparov, dans une célèbre vidéo d'un tournoi en 2003.

J’ajouterai pour ma part et pour avoir vu les deux premiers  épisodes que cette série nous dresse aussi en arrière plan, et non sans humour, un portrait convaincant de l’Amérique petite bourgeoise puritaine, sexiste  et neurasthénique des années cinquante, tant au coeur d’un orphelinat grisâtre du premier épisode qu’au sein d’une famille d’accueil éclatée dans le deuxième épisode. 

Dans  les deux épisodes suivants, "sex,  drugs and rock n’roll"   ne sont pas que du remplissage ou du divertissement tape à  l’oeil, mais l’apprentissage initiatique  douloureux de la vie du personnage central. Une phrase très juste, celle du russe Borgov à  Mexico, en 1966,  dans l‘ascenseur   : «  C’est une survivante, elle est comme nous, elle n’a pas le droit à  l’erreur. Que  serait sa vie  sans cela ? » 

Les épisodes suivants ( 5 et 6 )  sont plus sombres, Beth y est en proie à  ses démons, dont l’alcool et les médicaments,  car cette série est aussi une métaphore sur la solitude du joueur de très haut niveau, et quel sens donner à sa vie en dehors de l’univers «  rassurant » des 64 cases ? 

La rédemption viendra pourtant, lors du dernier épisode, mais n'en disons pas plus... 

Tout est remarquablement bien filmé , cohérent et bien interprété sous le contrôle de Kasparov en ce qui concerne la vraisemblance échiquéenne. Le fait qu’on laisse à  une fille l’occasion de mater toute une cohorte de mâles ( de l'ado. ricain boutonneux au Champion du Monde soviétique au style "bureaucratique")  est certes dans ces années là  peu réaliste, mais n’oublions pas que Vera Menchik  a bel et bien existé  avant Beth, ou que  la véritable joueuse allemande Sonja  Graf fut la contemporaine de la fictive Beth.

Le message est sans doute aussi politique, à l’ère de la montée salutaire du féminisme, qu’une jeune femme, rousse et glamour de surcroît, envahisse sans doute trop brutalement et avec fracas un univers spécifiquement masculin ne choquera que les misogynes, qui devront pour le coup affuter leurs variantes à l’avenir et ne pas oublier si facilement que Judith Polgar fut septième joueur d'échecs mondial, tous sexes confondus, bien récemment,  en 2005...

  

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